Halte au scotch dans les livres !

Comme beaucoup d’entre vous certainement et, avant de faire de la reliure, si un des livres auquel je tenais était déchiré, j’y mettais un bout de scotch. A l’époque, j’ignorais que ce petit adhésif était une vraie plaie pour les ouvrages et qu’à terme il les endommagerait encore davantage !

Dans cet article, écrit en collaboration avec ma consoeur Virginie Kubler Sutter, je vais tenter de vous donner quelques pistes alternatives pour vous aider à réparer rapidement et efficacement vos livres sans matériel excessif.

Bien évidemment, pour de grosses réparations ou des ouvrages précieux, n’essayez rien de tout cela et confiez le à un professionnel expérimenté !

Vade retro, scotch !

Le scotch est un adhésif extrêmement utile et pratique mais, pour la plupart (à l’exception probablement de certains adhésifs spécialisés – quoique), le ruban et la colle ont une composition acide. Avec le temps, le scotch va jaunir et cette trace s’incruste dans le papier, laissant une trace indélébile. Qui plus est, cette acidité risque de se transmettre au papier et donc accélérer son vieillissement.

Quelle alternative ?

En reliure ou restauration, nous utilisons des colles spécifiques (amidon, klucel g, planatol, methyl cellulose etc) mais pas besoin d’investir massivement si vous n’avez besoin que d’un petit point de colle : avec un peu de farine et d’eau et vous obtenez une colle « d’amidon » raisonnable.

Le principe : dans une casserole, portez l’équivalent d’un demi verre d’eau à ébullition puis ajouter progressivement la farine en remuant en permanence (un peu comme si vous faisiez une béchamel, mais sans le beurre!). Lorsque la consistance de votre mélange est « onctueuse », laissez refroidir quelques minutes. Si une fois refroidi votre mélange vous semble trop épais, délayez avec un peu d’eau.

Ce mélange se conserve maximum 48h au réfrigérateur dans un contenant hermétique ! (pensez à prévenir vos co-habitants que ce n’est pas la nouvelle sauce à gratin). A n’utiliser que pour des réparations minimes car la durabilité de ce mélange est incertaine (dépendant notamment de sa conservation, de la qualité de la farine utilisée etc).

Evidemment, pour réussir cette recette, il faut un peu de bon sens : tamiser la farine pour éviter les grumeaux et ne jamais cesser de remuer et bien laisser refroidrir le mélange. Si vous préférez vous fier à une recette, plutôt qu’à vos talents de cuisinier, vous pouvez consulter ce wikihow

Exemple : Réparer une déchirure

Généralement il suffit d’encoller sur 1 mm les deux parties de la déchirure avec la colle d’amidon préalablement préparée et de laisser sécher sous poids, tout en prenant garde de protéger les deux cotés de la feuille par un papier non collant afin d’éviter que la colle n’abime vos autres pages ou ne reste elle même collée au poids. Vous pouvez trouver facilement des papiers non collants à l’envers des rouleaux adhésifs (par exemple ceux utilisés pour protéger les cahiers) ou bien utiliser du papier cuisson, ou encore les pochettes plastifiées préalablement découpées en bande.

Parfois si, comme dans l’exemple ci-dessous, la déchirure est très grande, il faudra ajouter un fin morceau de papier entre les deux bords déchirés. Pour ce faire, vous utiliserez du « papier japonais de restauration », extrêmement fin type pelure de japon ou arakaji. Sinon du washi peut dépanner (ou éventuellement des papiers à origami). Certains utilisent du papier de soie tel que l’on retrouve dans les boites à chaussures (à priori ils sont censés être non acides), mais j’ai un doute donc ne saurai vous le conseiller.

Il est important de déchirer les petites bandes de papier et non pas de les couper afin que les fibres du papier japonais puissent se fondre avec celle du papier d’origine. Invisible et solide, que demander de plus ?

Et si vous pensez que l’on ne peut pas être précis en déchirant, faites l’essai suivant : prenez un fin pinceau, trempé dans de l’eau. Passez votre pinceau à l’endroit que vous souhaitez couper, puis déchirez !

scotch livre restauration conservation

Ce à quoi vous devez faire attention :

N’utilisez jamais de papier épais (surtout de type papier photocopie classique) : à terme, la différence d’épaisseur ou de sur-épaisseur entre la page d’origine et votre « rustine » mettra en tension les fibres des papiers et votre page se déchirera encore plus.

Pour réparer un manque :

Essayez de trouver un papier qui fasse exactement l’épaisseur de votre page afin que le rajout soit le plus discret possible. Si vous n’avez pas d’expérience en teinture, le plus simple est peut être de prendre un papier blanc et de le teindre progressivement (à l’aquarelle par exemple) jusqu’à obtenir la couleur exacte de votre page.

Vous pouvez également faire tremper rapidement votre papier dans du thé noir infusé ou du café. Cela donne une teinte souvent proche des papiers jaunis d’antan. Procédez progressivement en vérifiant la teinte régulièrement (attention en séchant, le résultat paraitra généralement 1/2 teinte plus claire)

De même que pour les déchirures, il est important de déchirer précisément le bout de papier qui vous servira à combler le manque afin que l’insertion soit la plus discrète possible.

En cas de doute : pensez que tout ce que vous faites doit être réversible, afin que, si vous décidez de finalement confier ce livre à un restaurateur ou relieur, celui-ci puisse travailler sereinement sans devoir rattraper les dégâts.

Un exemple ci dessous : ce livre a été réparé avec quelque chose qui visiblement ressemble à du bristol et a été collé avec de la colle blanche vinylique. L’épaisseur était très importante et le papier de l’époque était très acide (donc avec le temps, les fibres rétrécissent et le papier devient cassant). Par conséquent, quand je l’ai eu dans mon atelier, j’ai eu toutes les difficultés du monde à « récupérer » ces pages : impossible de décoller l’onglet en bristol et surtout toute la bordure de l’onglet avait été littéralement coupée !

Restauration hasardeuse avec du bristol ayant cassé les fibres du papier

Page décollée

Dans le cas des livres de poche ou autre livres simplement collés, il arrive fréquemment que des pages se détachent. En effet, ces livres ne sont que des feuillets simples collés sur moins d’un mm. Avec le temps et l’usage, l’ouvrage sera fragilisé. Je n’ai pas de solution simple à vous proposer dans ce cas si ce n’est de s’abstenir de tout scotch mais au contraire conserver la feuille volante et, confier ce travail à un relieur !

En attendant, on peut conserver ces pages dans une pochette pour éviter que les feuillets ne tombent de l’ouvrage lorsqu’il est manipulé.

Deux derniers conseils

Tout comme le scotch, il faut s’abstenir de l’usage de trombones (même ceux recouverts de plastique coloré), d’agrafes ou de tout objet métallique dans vos livres : avec le temps ils s’oxydent et la rouille s’insère dans les fibres du papier … et cela malheureusement est difficilement réparable, voire indélébile !

En rédigeant cet article, Virginie et moi en sommes venues à la conclusion suivante : ne vous aventurez pas dans des réparations non réversibles, et, autant que faire ce peut, faites appels à des professionnels qui sauront redonner vie à vos ouvrages durablement.

Merci à Virginie Kubler Sutter ( Site / Instagram) d’avoir accepté de partager ses photos et de contribuer à cet article

9 commentaires

  1. Très intéressant. Top la petite recette de colle . J’ai des vieux cahiers de recettes recollés avec du scotch et effectivement les réparations ont jaunies et c’est moche. J’ai lu un livre de poche récemment qui s’est démonté vu son prix bas j’ai réparé avec une colle blanche sans acide (c’est ce qu’on utilise en scrap). Mais si j’avais un beau livre j’irai voir un relieur, un vrai magnifique métier que je découvre avec tes articles.

    1. Merci Michèle ! Oui une colle sans acide c’est déjà très bien mais la plupart des colles vinyliques ne sont pas réversibles c’est pour cela qu’on ne le conseille pas (après je te rejoins, pour un poche ca fait sans doute le taff !)

  2. Voilà, tu as mis par écrit ces informations précieuses que tu m’avais déjà donné oralement 😉.
    Une petite question néanmoins, tu pourrais nous dire où acheter le fameux papier japonais ? Voir nous mettre un lien pour qu’on puisse le reconnaître.

    1. A Strasbourg, je te conseille d’aller à l’éclat de verre, Laurence la responsable ou Catherine sa collègue (mais aussi relieure) pourront t’aider (en général ils ont de l arakaji). Sinon à voir peut être au géant des beaux arts ou graffigro – ou en ligne par exemple chez apg reliure

    1. Merci ! C’est un petit caillou dans l’eau mais si ça peut contribuer à limiter l’usage du scotch dans des beaux bouquins, ce sera déjà ça! 😉

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